Le monde extérieur peut attendre

Mon tout-petit,

Depuis ce samedi 12 août, date à laquelle nous avons fait la troisième échographie tant attendue, une angoisse est venue pointer le bout de son nez : celle que tu naisses trop tôt, beaucoup trop tôt, bien avant le terme des 37 semaines et cela à cause d’un col raccourci à 22 mm.

Grossesse alitée

Mon tout-petit, ne sois pas trop pressé de sortir, car la lumière d’octobre, dans le sud où tu vas grandir, sera toute aussi belle que celle d’août ou septembre, tu verras. Je dis cela mais en même temps, tu n’as rien à voir avec la décision de sortir ou non car celle-ci, c’est bien mon corps qui la prendra pour toi.

Mon corps, parlons-en. J’ai vécu un début de grossesse idéal, sans nausées, sans malaises, sans prise de poids importante, avec de la fatigue oui, mais aucune femme enceinte n’y échappe. J’ai même réussi à garder ton petit secret intact jusqu’à la fin de mon troisième mois de grossesse, tellement tu as su te faire discret. Accepter cette nouvelle courbe, ce nouveau reflet dans le miroir à été plus compliqué pour moi, mais l’arrivée de l’été et ses robes fluides m’ont permis d’apprivoiser peu à peu mes nouvelles formes.

À la veille de cette troisième échographie, je m’assumais enfin dans cette nouvelle enveloppe, réalisant par ailleurs de plus en plus de photos de mon baby bump et immortalisant par la même occasion cette jolie parenthèse.

Le jour où j’ai appris que mon corps laissait en quelque sorte entrevoir une « brèche » te permettant de t’échapper plus tôt que prévu, c’est à lui que j’en ai voulu, et à moi par extension.

Grossesse alitée

Mon tout-petit, je ne te connais pas encore mais je sais que l’on a partagé ensemble déjà beaucoup et même plus. Tous ces monitoring consistant à écouter et analyser le rythme de ton coeur ont accompagné notre quotidien pendant une semaine à l’hôpital et sont désormais un rituel bi-hebdomadaire à la maison, à la fois nécessaire et rassurant. J’aime à penser que cette épreuve, ma première de maman, renforcera notre lien et notre attachement. En tout cas, penser à cela me fait du bien et m’aide à ne pas broyer du noir. Je ne crois pas avoir été particulièrement forte durant cette période d’hospitalisation, je crois plutôt que c’est toi qui, du haut de tes 1,725 kilogrammes, m’a donné la tienne.

Depuis un peu plus de dix jours maintenant que je suis alitée, je m’interdis de stresser et de craquer, ne souhaitant en aucun cas te communiquer mon anxiété. Depuis que je passe mes journées dans le canapé, ne me levant que pour prendre ma douche et aller aux toilettes, j’avoue envier ces futures mamans au même stade que moi, qui ont tout le loisir de peaufiner les détails de la chambre, de lorgner devant d’adorables bodys chez Kiabi et de prendre le temps de préparer la valise de maternité, ultime petit plaisir que je me réservais pour mon congé maternité.

Grossesse alitée

On parle de repos forcé, mais si nos jambes n’effectuent plus beaucoup de mouvements, notre cerveau, lui, continue de s’agiter, faisant remonter l’atroce sentiment de culpabilité. Le mot est lâché.

Coupable d’avoir un « utérus contractile », qui semble vouloir te pousser prématurément vers la sortie. Coupable d’être impotente et de laisser les autres tout gérer à notre place. Coupable de ne pas avoir su tenir debout jusqu’au bout. Coupable de laisser le ciel de la future paternité s’obscurcir pour mon chéri. Et coupable de je-ne-sais quoi d’autre d’ailleurs car l’avenir est encore incertain.

À de nombreux moments, je le hais ce corps, mon corps : pourquoi cette enveloppe n’est-elle pas capable de te garder en sécurité, même sous le poids de la gravité ? Par là même, c’est à moi que j’en veux, car c’est bien moi qui n’ai pas su déceler les contractions qui me travaillaient depuis des mois, croyant naïvement qu’il s’agissait de tes cabrioles.

Grossesse alitée

Je n’ai pas l’habitude de me confier ici mais j’ai tellement partagé avec vous sur Instagram depuis l’annonce de la menace d’accouchement prématuré que j’ai souhaité vous livrer cette sorte de lettre écrite il y a quelques jours, illustrée par des photos que j’adore prises par mon chéri lors de nos vacances fin juin au bord du Verdon.

Alors je compte les jours, vais célébrer chaque semaine passée et attends le 16 septembre, date du cap des 37 semaines d’aménorrhées, avec impatience. D’ici-là, je vais couver, à longeur de journée allongée dans le canapé car c’est bien vrai mon tout-petit, le monde extérieur peut attendre…

7 comments Add yours
  1. J’ai passé mes 3 derniers mois de grossesse alitée pour plusieurs raisons… le cerveau mouline beaucoup pendant ce temps-là mais je te garantis que tout sera immédiatement oublié une fois que tu auras ton bébé dans les bras ! Prends soin de toi, bises

  2. Bon courage et essaie de ne pas trop t’en vouloir, j’imagine que c est un peu inévitable de ressentir ça mais tu es déjà une merveilleuse maman et Je suis certaine que ce sera encore plus le cas à la naissance. En attendant garde le bien au chaud, accepte (sans t en vouloir) de te reposer Et de prendre du temps pour vous 😉 des gros bisous !

  3. Quel témoignage émouvant! Ne sois pas trop dure avec toi, regarde plutôt chaque jour comme un jour de plus passé à grandir au chaud dans ton ventre. Une amie a eu la même chose que toi cet hiver et sa petite est née à terme car comme toi elle a été « très sage » et s’est reposée.
    Bon courage et plein de bisous

  4. Courage et surtout ne t’en veux pas, tu n’y es pour rien.

    Pour mon Petit Cœur, à la 3ème et dernière échographie l’on a appris que mon col avait diminué de moitié. Le médecin m’avait dit de ne pas m’inquiéter, mais mon fils est arrivé 10 jours plus tard à 34SA (par surprise). A part les 3 semaines de néonat’ qui ont suivi, il était (et est toujours) en pleine santé. L’on ne m’avait même pas mis au repos (même si j’avais ralenti un peu le rythme). Tout ça pour dire que toi tu es alitée et surveillée, c’est déjà une très bonne chose pour que ton bébé reste au chaud le plus longtemps possible 🙂 Tout va bien se passer. Bon courage pour ces prochaines semaines à venir. Pense à ton bébé et prend soin de toi. Bisous

  5. Je te souhaite pleins de courage pour cette dernière ligne droite. J’espère que ce repos forcé te permettra de le garder bien au chaud jusqu’à la fin. Je sais qu’avoir un utérus contractile n’est pas évident et culpabilisant, j’en ai eu pour mes deux grossesses. Mais tout pleins de bonheur va bientôt arriver, c’est certain ! Tu as bien raison d’essayer de garder le moral, il n’y a que comme ça qu’on arrive à bien vivre sa grossesse alitée. Gros bisous !

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